Nicolas Grimaldi : quelle chance d’être heureux !

Nicolas Grimaldi sera à la Bibliothèque Municipale ce mercredi 13 janvier pour aborder la question existentielle du bonheur à travers le prisme du hasard. Je lui ai posé quelques questions… 

 

 

Vous aborderez demain à la Bibliothèque Municipale la question du Bonheur à travers une question, celle de savoir si le bonheur ne dépendrait pas, un peu, d’une question d’un moment de chance. Comment aborde t-on en philosophie un sujet aussi subjectif, quasi relativiste ?

« Tous les hommes recherchent d’être heureux », observe Pascal. L’attente, le désir, en sont donc universels. Les conditions dans lesquelles, à un moment donné, on s’applique à être heureux, peuvent être aussi diverses qu’on voudra,  la voie du bonheur n’en est pas moins identique. De même, si vous m’en autorisez l’analogie, quelque divers que puissent être les vivants, l’exercice de la vie en est cependant identique en chacun. Une seule chose est ici postulée : c’est que tout homme appartient à la même humanité que tout autre.

Pourquoi mettre en corrélation ces deux notions (chance/bonheur) ?

La raison est incluse dans le mot même. C’est d’ailleurs ce qui le rend énigmatique. L’heur de tout bonheur, c’est la chance qu’il lui faut avoir pour s’accomplir. Ce n’est donc pas moi qui les mets en relation, mais le langage lui-même.

Si notre bonheur, dépend en partie d’une certaine chance peut-on y associer notre naissance, le fait d’être né « sous une bonne étoile » dans des conditions sociales favorables ou non ?
Le déterminisme social peut-il faire partie de cette « chance » ?

Sans doute mille circonstances peuvent-elles concourir au bonheur et le rendre moins improbable. Tous les déterminismes y concourent : santé, tempérament, fortune, famille, etc. Si le bonheur consiste à transfuser quelque chose de sa vie dans celle d’un autre, il va de soi que celui qui possède beaucoup a plus de chance qu’un autre de donner. S’il y a un bonheur de la munificence, quelle chance d’être fortuné !

Les conditions de pensée du bonheur, ne dépendent elles pas elles aussi d’un contexte ? Historique par exemple.
Peut-on penser le bonheur en 1970 et en 2015 de la même façon ?

Peut-être hésiterais-je à reconnaître des époques plus heureuses que d’autres. Néanmoins, il dépend beaucoup des circonstances qu’on soit à certaines époques plus malheureux qu’à d’autres…

 

 

Qui est Nicolas Grimaldi ?

Nicolas Grimaldi accéde au titre de professeur émérite à la Sorbonne en 1983 (chaire d’histoire de la philosophie moderne puis celle de métaphysique). Directeur du Centre  d’Etudes Cartésiennes (1986-1988) de la Sorbonne, Nicolas Grimaldi est l’auteur d’une œuvre importante (plus d’une trentaine d’ouvrages). Depuis son premier livre publié en 1971 Le Désir et le Temps, Nicolas Grimaldi a consacré des essais à Socrate, Proust, Descartes, Van Gogh, et s’est intéressé à diverses notions philosophiques telles que la banalité, le temps, l’amour, l’inhumain, la jalousie ou encore la solitude. D’un père instituteur Corse, il quitte Paris en 1968 Installé depuis 1968 dans un ancien sémaphore près de Saint-Jean de Luz, Nicolas Grimaldi « lit, peint, écrit, scrutant l’éternelle insatisfaction des hommes, incapables de vivre dans le présent ».